mardi, 24 novembre 2015 16:22

Osons le projet Hulot

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Le 7 octobre dernier, Nicolas Hulot lançait une pétition avec la vidéo « Break The Internet ». Objectif : mobiliser la population pour inciter les chefs d'Etats à prendre leurs responsabilités et à s’engager sur des mesures concrètes lors de la COP21 qui se tiendra à Paris à la fin du mois. Dans le même temps, il publiait « Osons, plaidoyer d'un homme libre », aux éditions Les liens qui libèrent.

Quelles nouveautés un énième livre sur l'écologie et la question du dérèglement climatique peut-il apporter au débat ?

Ne risque-t-il pas d'enfoncer de nombreuses portes ouvertes ? Pire : à ce que son auteur se lance, comme d'autres avant lui, dans une longue tirade déprimante sur l'état de notre planète et les catastrophes qui attendent l'humanité si rien n'est fait ? Eh bien non. Nicolas Hulot fait tout le contraire. Il inspire l'espoir, suscite « l'enthousiasme à l'idée de changer le monde » et invite à l'action individuelle autant que collective.

S'il rappelle, ici ou là, le constat et les dangers maintes fois établis par les rapports successifs des dernières décennies, ce n'est ni dans le but d'accuser, ni même pour alarmer. La gravité de la situation est connue. L'heure n'est plus à tirer la sonnette d'alarme, ni même à chercher les coupables : nous sommes tous responsables par nos comportements excessifs, exacerbés par le consumérisme. De fait, nous devons tous mobiliser notre énergie à mettre en œuvre les solutions aux problèmes qui se profilent. C’est pourquoi il en appelle autant à la responsabilité des chefs d’Etats qu’à celle de chacun et chacune d’entre nous.

Nommé « Envoyé spécial pour la protection de la planète » par François Hollande, Nicolas Hulot a rencontré, pendant trois ans, les chefs d'Etats, chefs religieux et décideurs pour préparer la COP21. Le message qu'il délivre aujourd'hui est simple et ambitieux :

« Nous devons repenser le projet humain »

Pour lui, « c'est le moment de changer de paradigme : d'associer lutte contre le réchauffement climatique, innovation sociale et innovation économique ». Avec des mots simples et percutants, il explique que tout est lié. La question écologique, le changement climatique, ne doivent plus être traités comme des sujets annexes par les gouvernements. Il faut remettre la nature et l'homme au centre du système. « Il faut changer le modèle, pas le climat », déclare-t-il.

L'ancien modèle basé sur la seule croissance du PIB qui pousse à une exploitation toujours plus vorace des ressources naturelles et des hommes a vécu. D'autant que, comme nous le rappelle l'auteur, les énergies fossiles dont il dépend plombent nos finances : « Chaque minute, celles-ci nous coûtent 10 millions de dollars (9,2 millions d'euros) au niveau mondial, selon le Fonds monétaire international, en prenant en compte la réparation des dommages causés par la pollution de l'air et les catastrophes naturelles dues au changement climatique : soit 5300 milliards de dollars (4740 millions d'euros) prévus pour l'année 2015. C'est plus que toutes les dépenses de santé de tous les gouvernements du monde ! ». Un peu plus loin, il ajoute : « Aujourd’hui, à l’échelon mondial, [les Etats] dépensent 500 milliards de dollars chaque année, sous forme de subventions ou allégements fiscaux, pour soutenir l’exploitation et la consommation des énergies fossiles. C’est cinq fois le montant consacré aux énergies renouvelables ». Sa conclusion est évidente : « Si ces sommes astronomiques ajoutées à celles cachées dans les paradis fiscaux étaient basculées sur la transition énergétique, là, nous réussirions ! ».

Nicolas Hulot désigne ainsi son adversaire principal : la finance, qui ne raisonne que dans une optique de profit à court terme. Tout comme les responsables politiques, d’ailleurs, ces derniers étant davantage préoccupés par les échéances électorales et leur avenir personnel que par les vrais enjeux de demain. « Comment, en effet, prendre les bonnes décisions en matière d'aménagement du territoire, d'emploi ou d'investissement public si les impacts bénéfiques ne sont pas concrètement perceptibles pour les prochaines élections ? », s'interroge-t-il.

Pourtant, les solutions existent. Mais elles supposent du courage politique.

Par exemple, pour redonner à la finance sa raison d'être, il propose d’avantager fiscalement le soutien vers la transition énergétique et de rendre la spéculation (qui aboutit invariablement au pillage de nos ressources naturelles, à la pollution, au dérèglement climatique et aux injustices sociales) moins attractive. De la même manière, il faut « réinventer la démocratie » et obliger les responsables politiques à réfléchir sur le long terme en introduisant dans nos institutions des contre-pouvoirs « dont le rôle serait de préserver nos conditions d’existence contre les intérêts particuliers », tout en renforçant la démocratie participative.

Au niveau international, il rêve même à une Organisation mondiale de l’environnement épaulée par une Cour mondiale de l’environnement, « afin de placer au centre des préoccupations la préservation des biens communs nécessaires à la survie de l’humanité ». La première assurerait « la coordination et l’harmonisation des centaines d’accords environnementaux existants » et veillerait à ce que « dans tous les accords internationaux, les intérêts à moyen terme de l’humanité ne passent pas au second plan » ; la seconde « gérant les conflits environnementaux et veillant à la compatibilité écologique des grandes négociations ». L’objectif affiché est de s’extraire de la suprématie d’organisations telles que l’Organisation mondiale du commerce, la Banque mondiale, ou encore le Fonds monétaire international.

Une utopie ?

Pas pour Nicolas Hulot, qui nous invite à suivre le leitmotiv de Gandhi : « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde ». Il conclut donc son ouvrage avec une liste de 12 mesures concrètes à l'attention des chefs d'Etats, ainsi que 10 engagements individuels que nous pouvons tous prendre dès maintenant, car chaque initiative compte. « Sois assuré que l'humanité tout entière a besoin de toi, là où tu es, unique et donc irremplaçable », lance-t-il d'ailleurs à l'attention de la jeunesse.

Avec ce livre, Nicolas Hulot réussit à porter le débat sur un plan qui coïncide parfaitement avec les enjeux posés par la crise financière dont nous ne savons plus comment nous extraire. Il ne s'agit plus de discuter les chiffres, ni même de colmater les brèches que nous avons creusées dans la symbiose qui régit notre écosystème depuis sa création. Il nous invite à dépasser le simple débat scientifique. Il nous demande de voir plus loin, d'être ambitieux pour notre planète autant que pour notre avenir en tant que civilisation, l'un et l'autre étant intrinsèquement mêlés. Posons-nous, avec lui, cette question : « qu'est-ce qui correspond au sens de l'histoire et répond aux contraintes d'aujourd'hui, qu'est-ce qui n'y répond plus ? ».

Sa réponse est une vision, un projet d'avenir pour l'ensemble de l'humanité. Quelle plus belle ambition peut-on avoir que de rebâtir un monde dans lequel la nature et l'homme peuvent coexister en harmonie ? Un modèle qui s’inspire du principe même de la nature : la coopération plutôt que la compétition. Un monde où la gestion des ressources remplacerait la gestion des déchets qui n’en finissent plus de s’accumuler.

Tout ça, c'est bien beau, mais par où commencer ?

Au-delà des pistes que vous trouverez dans ce livre, « l’émerveillement est une irrésistible force de commencement », nous rappelle Nicolas Hulot. Nos enfants auront la responsabilité de cette planète après nous. Faisons-leur découvrir sa beauté autant que sa fragilité. Expliquons-leur que nous faisons partie de cet écosystème formidablement complexe que nous avons commencé à détruire par nos excès irresponsables. Que notre avenir, tout comme notre santé, dépendent de la manière dont nous nous occupons de la Terre. Que la pollution et les blessures que nous lui infligeons finissent toujours par nous affecter en retour, puisque nous respirons l'air qu'elle nous offre, que nous buvons l'eau qui coule dans ses rivières et que nous consommons la nourriture qui pousse dans son sol.

Cette éducation essentielle ne doit pas les préparer à réparer nos erreurs ; c'est à nous de leur laisser une maison confortable et agréable plutôt qu'une ruine. Cela ne passe pas tant par la plantation d'arbres que par un changement de notre mode de vie, l’apprentissage d’une nouvelle manière de consommer. Notre rôle est de leur donner les clés pour comprendre, respecter, et aimer celle qui est notre première mère à tous.

couverture livre

Osons, plaidoyer d'un homme libre, Nicolas Hulot, Ed. Les liens qui libèrent, 4,90 € (3,99 € en format numérique)

Pour aller plus loin :

Pétition lancée par Nicolas Hulot en vue de la COP21

Site de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme

Site officiel du gouvernement sur la COP21

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